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Usages, tendances, chiffres… A quoi ressemblera le mobile de demain ?

Le 13 mars dernier, Satellinet et La Cantine ont organisé une conférence sur l’avenir du mobile d’ici 5-10 ans. Un bon aperçu des tendances, enjeux et usages. Un constat : le centre de gravité se déplace vers l’Asie et l’Afrique revient dans la course.

L’internet mobile est l’un des mouvements technologiques les plus forts de ces dix dernières années. Un phénomène planétaire qui suscite une pléthore d’innovations de rupture. Les intervenants ont rappelé quelques chiffres pour prendre la mesure du phénomène.

Il y a 7 milliards de téléphones mobile dans le monde et désormais plus de mobinautes que d’internautes à l’échelle de la planète. Pour François Thénoz, directeur de la stratégie et du marketing d’Orange, il n’y a pas de doutes : la migration est en marche !

Les tablettes, encore peu répandues (14% des adultes français) ont toutefois une croissance quatre fois plus forte que les smartphones au moment où ils se sont lancés. François Thénoz estime qu’en 2015, 60% des clients Orange en seront équipés.

Plus de 4 millions de possesseurs de smartphones français ont une tablette et 11% des acheteurs sur Internet le font désormais depuis un mobile.

Delphine Gatignol, directrice commerciale de Comscore, a montré au cours de sa présentation chiffrée que le trafic mobile et tablette ne représentaient actuellement que 7,5% du trafic internet total, le gros se faisant toujours sur PC. Mais c’est un trafic qui progresse très vite, et c’est logique puisque, parmi les nouveaux mobiles achetés, 7 sur 10 sont des smartphones (reliables à Internet).

Laurence Allard, sociologue, maître de conférences à l’IRCAV, a tenu à rappeler que l’échelle de temps entre l’apparition des technologies et leur adoption n’est pas la même. Les usages sont lents à s’installer, il ne faut pas regarder par le prisme de nos lunettes “d’early-adopters”. Par ailleurs, en matière d’usages selon elle, il n’y a pas linéarité, maisréinventions, adaptations et récupérations successives.

Ainsi, le vieux SMS permet aujourd’hui dans les pays du sud des campagnes d’information et de vaccination beaucoup plus efficaces, avec un vrai impact sanitaires sur les sociétés.

Plus proche de nous, on pense à la messagerie instantanée qui se déplace vers les réseaux sociaux en tant qu’outil de conversation intégré. Ou à l’e-mail qui n’a pas été tué par les réseaux sociaux, et reste la première activité sur mobile et tablette. On pense aussi aux médias traditionnels dont on annonce régulièrement la mort, en raison de la concurrence des nouveaux médias. Or, la télévision n’a jamais été autant regardée (3h47 par jour en France en 2011, soit 15 minutes de plus qu’en 2009).

Quant à la fin de l’écrit au bénéfice de l’image et de la vidéo, c’est un mythe selon Laurence Allard. Une idée fausse qui ne tient pas compte de toutes les formes de lecture non recensées : textos, sites d’information ou de divertissement… Elle a signalé d’ailleurs également la nouvelle tendance à l’écrit-image. Comme ses étudiants qui s’envoient des Twitpics des cours via leur mobile. “Nous ne sommes pas que dans la culture de l’image, mais dans celle de l’image de textes” a-t-elle insisté.

Par ailleurs, Laurence Allard et Delphine Gatignol confirment : les innovations et les usages les plus disruptifs ne viennent plus des Etats-Unis, mais de l’Asie.

Delphine Gatignol a rappelé pour sa part que les usages font aussi évoluer les technologies. On ne saurait trop lui donner raison, quand on jette un oeil aux interfaces web d’autrefois. Souvenez-vous de ces menus déroulants que personne ne déployait ou encore de ces rubriquages et sous-rubriquages compliqués qui ont heureusement disparu. Et il reste encore beaucoup à faire pour adapter les interfaces, comme celles qui rajoutent d’inutiles étapes et clics, avant de parvenir jusqu’au contenu. Le rapport de Poynter paru la semaine dernière concernant les préférences de lecture des utilisateurs sur tablette est, de ce point de vue, riche d’enseignements.

QUELLES INNOVATIONS DANS LES CARTONS ?

Roberto Mauro, directeur de la stratégie et du développement de Samsung, en a évoqué les plus probables, dont certaines ont été présentées au dernier Consumer Electronic Show 2013.

- Les écrans souples pour mobiles et tablettes sont déjà prêts, ce qui laisse augurer de certaines applications intéressantes, et pourquoi pas pour la presse, comme ce journal flexible (et jetable) imaginé par Xavier Ternisien, journaliste au Monde.

- Le développement des “phablettes”entre téléphones et tablettes, avec des écrans toujours plus grands et des fonctions multimedia améliorées.

Une innovation qui s’inscrit dans la tendance globale à la fusion des pratiques, ajoute Laurence Allard, qui évoque le mélange espace privé et espace public (co-working, télé-travail, BYOD “Bring Your Own Device”…). Ou l’effacement des frontières entre biens privés et biens collectifs, via le partage de voiture, de maison…

- Cette fusion en appelle une autre : celle qui se produit entre les objets et les technologies mobiles, ce que l’on appelle “l’Internet des objets” (50 milliards d’hommes et d’objets connectés en 2025 selon François Thénoz. La voiture propose désormais du streaming musical ou video, la maison se règle et se surveille automatiquement, à distance. Vos clés sonnent quand vous passez le palier de la porte pour vous avertir que vous les avez oubliées…

- La connection mobile-tablette pour bénéficier du large écran de la tablette, avec les données portables de son smartphone.

- Les mobiles transparents grâce à la technologie Polytron.

Les seconds écrans sur la coque, à l’arrière du mobile, notamment grâce à l’encre électronique, ou mieux encore sur toute la totalité du mobile grâce au Graphene, nouveau matériau à la fois très souple, très résistant et très conducteur.

L’explosion des capteurs couplés au mobile pour le transformer en giroscope, boussole, scanner… Mais souci pour miniaturiser les batteries et la connectique.

Le mobile amphibie qui résiste à l’immersion sous l’eau, ou mieux encore, qui s’y recharge !

Le “quantified-self” (mesures des paramètres de son propre corps) et la santé mobile : calcul nombre de calories des aliments que l’on mange, mesure de sa performance sportive lors d’une course, comme Nike Fuelband.

Le M-learning, qui permet d’accéder aux bibliothèque sur son smartphone ou à des cours en ligne, démocratise l’accès du savoir aux populations jusque-là isolées.

Mais c’est sur l’écosystème des applications que Samsung veut voir la prochaine mutation. Officiellement, le fabriquant y perçoit une demande du consommateur soucieux de pouvoir interconnecter ses différents matériels, quelle que soit la marque. Officieusement, il souhaitesortir de la dépendance vis à vis d’Android (Google), qui a pris une hégémonie dangereuse sur le segments des OS mobiles.

C’est la raison pour laquelle Samsung milite pour un système d’exploitation ouvert. Comme Tizen, de la fondation Linux qu’il soutient avec les opérateurs de téléphonie Docomo et Vofafone. Un système sur qui devrait être installé sur l’un des futurs modèles de la marque coréenne, dès cette année.

LES DEFIS ET CHANTIERS EN COURS

S’agissant du paiement mobile par technologie NFC (Near Field Communication), ce n’est pas pour tout de suite, tant les intérêts divergent entre les banques et tant les systèmes concurrents sont nombreux. De Square à Paypal en passant par Google wallet ou Apple Passbook

Un échec que Laurence Allard a tenu à restreindre aux pays les plus développés. Elle a rappelé que dans les pays du sud, la monnaie sociale se développe. On peut payer avec son mobile et ce dernier a permis à des millions de non bancarisés de transférer de l’argent, ou d’accéder à des services bancaires. C’est le cas par exemple en Haiti , au Kenya ou en Afghanistan.

Parvenus au bout de la logique du “toujours plus”, il faut passer à celle du “toujours mieux”, estime-t-elle. Il faudra s’imposer des périodes de déconnection et éviter de livrer trop d’ informations personnelles : la vie privée préoccupe de plus en plus les consommateurs.

Le grand défi pour François Thénoz (Orange) tient à la recherche intelligente et l’éditorialisation qui seront clés pour s’y retrouver dans cette myriade d’applications et de contenus. Une bonne nouvelle pour journalistes, producteurs de contenus et développeurs.

Il ajoutait la nécessité de pérenniser davantage le cadre législatif et réglementaire et mettait en garde: “L’incertitude de la régulation peut entrainer certains retards en France”. Une allusion à l’entrée de Free comme 4e opérateur mobile dont Orange ne cesse de se plaindre, avec un certain écho sur l’actuel gouvernement.

Article à lire sur Frenchweb.fr



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