chargement

Coup de froid sur la planète Android

HTC, LG, Sony, Motorola, Huawei, ZTE : les fabricants qui utilisent la plate-forme de Google sont prévenus des risques. Ils pourraient se tourner vers Microsoft et son logiciel Windows Phone.
Samsung n’est pas le seul perdant du procès intenté par Apple. Vendredi, il n’est pas un fabricant d’Android qui n’ait senti la terre trembler sous ses pieds. Le taïwanais HTC, l’américain Motorola, le coréen LG, le japonais Sony, les chinois Huawei et ZTE, tous ont commis un jour ou l’autre un smartphone « rectangulaire aux coins arrondis » risquant donc de violer un brevet de design de la firme à la pomme. Surtout, certains gestes inventés par Apple, qui sont aujourd’hui des brevets logiciels, sont devenus l’alphabet du smartphone tactile - un peu comme le concept du « bureau virtuel » s’affichant sur les ordinateurs. C’est le cas du « tapotement double » qui permet de recentrer et d’ajuster une page, ou bien de la fonction « agrandir » qui consiste à faire glisser le pouce et l’index sur l’écran dans des directions opposées. La tentation est grande aussi de provoquer un « effet rebondissant » lorsque l’on a fait défiler une page jusqu’en bas, comme sur l’iPhone. Enfin, le système des applications, avec ses petites icônes carrées sagement rangées sur l’écran d’accueil, est devenu la lingua franca du smartphone.

Et ce n’est qu’un début. Apple n’a excipé que de 7 brevets logiciels ou de design, afin de rendre sa victoire plus éclatante. Six d’entre eux ont été jugés valides par les jurés. Mais la firme fondée par Steve Jobs, qui entretenait le culte de la création et de la propriété intellectuelle, a encore des munitions. Il y aura d’autres procédures, portant sur d’autres brevets. Car ce que veut Apple, au fond, c’est rendre la vie impossible à Android. Steve Jobs considérait que cette plate-forme n’était qu’une pâle réplique d’iOS, son propre système d’exploitation. En novembre 2007, il avait essayé de convaincre le patron de Google Eric Schmidt de laisser tomber la start-up qu’il avait rachetée en 2005. Jobs s’était même déclaré prêt à dépenser sa trésorerie « jusqu’au dernier penny » pour détruire ce projet (40 milliards de dollars à l’époque, 117 milliards aujourd’hui). Devant l’obstination d’Eric Schmidt, la firme à la pomme a commencé à retirer les logiciels de Google de son écosystème, des cartes au moteur de recherche. Progressivement éjecté de la boutique App Store, Google est obligé de produire des applications Web moins bien intégrées au coeur d’iOS.

Tandis que la réplique technologique touche directement Google, la réplique judiciaire frappera le reste de la planète Android. Le moteur de recherche ne fait pas directement commerce de sa plate-forme gratuite au code ouvert ; il est donc plus facile d’attaquer des fabricants. A commencer par Samsung, devenu numéro un mondial du mobile, qui a vendu 50 millions de smartphones au dernier trimestre. Mais cette amende monumentale va faire réfléchir tous les autres. Les équipementiers sont déjà obligés de verser un montant estimé à 5 % du prix de leurs terminaux à Microsoft, qui a fait valoir des droits de propriété intellectuelle sur Android. Ils ont aussi vu que Google ne comptait pas revendre Motorola, acquis il y a un an, et craignent un favoritisme en faveur de ce dernier.

Le but de ce rachat était en théorie de constituer une « ombrelle » constituée des 17.000 brevets de la firme, pour « abriter » les adeptes d’Android - Google avait d’ailleurs cédé une partie d’entre eux à des clients comme HTC. Objectif : équilibrer la dissuasion. A présent, ils ne peuvent que constater que cela ne suffira pas à les protéger. Car Apple attaque sans relâche. Et les brevets « historiques » sur la 3G sont dévalués face aux siens.

Bonne affaire pour Microsoft ?

En toute logique, c’est donc Microsoft qui pourrait tirer les marrons du feu. Le groupe de Steve Ballmer peine à imposer sa propre plate-forme, Windows Phone. Malgré son partenariat privilégié avec l’ex-leader mondial du mobile Nokia, elle n’équipait au deuxième trimestre que 3,5 % des nouveaux smartphones. Mais Apple et Microsoft entretiennent désormais de très bonnes relations, contrairement à Apple et Google. La firme à la pomme a en effet licencié plusieurs de ses technologies au géant du logiciel, en échange de la promesse de ne pas le copier servilement. On ne peut assurément pas confondre un Lumia de Nokia avec un iPhone, tant par le design de la coque que par la présentation des applications sur l’écran d’accueil, sous forme de « tuiles ». Ces innovations ont sans doute dérouté les consommateurs, habitués à l’alphabet Apple. Mais si Samsung, HTC, Sony et les autres reviennent en force vers Windows, ils s’y feront. Et Steve Jobs tiendra sa revanche posthume.

Lire sur lesechos.fr



Copyright © 2014 Système-polaire / Tous droits réservés.